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“Comment éduquer à un numérique acceptable ?” Bonne écoute à toutes et tous … et rendez-vous ici : pour continuer d’explorer le sujet avec Louis Derrac
La Fondation UVED propose aux enseignants du supérieur de participer à des webinaires au cours desquels un spécialiste du domaine intervient et répond à leurs questions. L'objectif est de leur permettre d'acquérir les fondamentaux et les concepts-clés et de repartir avec des pistes pour former leurs étudiants.
Interview de Morizot sur la valeur habitabilité
Un ouvrage majeur (je l'ai lu le prête à qui le souhaite)
opposition entre la pensée du vivant et la critique du capitalisme constitue l’une des polarités qui structure aujourd’hui le champ de l’écologie politique dans l’espace francophone. La constitution d’un groupe de « penseurs du vivant », à la suite d’un dossier du Monde qui regroupait sous ce terme un ensemble de projets intellectuels hétéroclites1, a suscité de vives polémiques, dont la plus fameuse reste celle ouverte par Frédéric Lordon dans son texte « Pleurnicher le vivant »2, où il accusait les pensées du vivant de développer une éthique dépolitisante qui s’avère incapable de penser le travail et la production, et se révèle par conséquent impuissante à critiquer le système capitaliste3.
Ce qui peut passer pour de la neutralité dans le concept de vivant considéré indépendamment de ces usages est l’homogénéisation d’un ensemble de référents jusque-là distribués dans des catégories cognitives et nominales différentes, associée à une difficulté à trouver à cet ensemble un antonyme satisfaisant. Les données que j’ai présentées tout au long de ma présentation incitent à croire que cette homogénéisation, érigée en objet de pensée, est une construction. Au niveau des discours, la neutralité du concept de vivant est très limitée : il est employé avec une axiologique positive très marquée et en grande partie pour tenir des discours critiques contre l’homme. Le fait qu’il permette conceptuellement de dépasser l’opposition (vivant) humain / (vivant) non-humain est, dans les faits, très peu établi dans les discours des locuteurs et il est peu distingué de nature.
Du point de vue organisationnel, les discours sur le numérique responsable apparaissent souvent comme des rhétoriques légitimantes, portées par des outils techniques, sans remise en question des logiques de production. La perspective de la décroissance ou du low-tech reste ainsi largement absente des stratégies organisationnelles.
Identifier certaines de leurs caractéristiques, repérer quelques-uns de leurs éléments de langage, est un détour nécessaire pour parvenir à les neutraliser. Selon le rapport de janvier 2026 du HCE (Haut Conseil à l’Egalité), il y a d’ailleurs urgence à ce que l’Ecole mette en place une formation ciblée permettant de développer « la capacité des enseignant·es et personnels éducatifs à détecter les signaux faibles de radicalisation masculiniste et à désamorcer les discours misogynes ou complotistes ».
Dans un contexte où la formation et l’éducation priorisent plus que jamais des finalités opératoires que l’acquisition de portefeuille de compétences permettrait de rendre effectives, ce livre fait le choix de questionner à nouveaux frais le véritable sens et les finalités de la formation et de l’éducation. À tout miser sur l’acquisition de contenus ou de méthodes qui facilitent l’adaptation socio-professionnelle immédiate, ne risque-t-on pas d’oublier l’accent qui devrait être mis simultanément sur leur valeur formatrice et émancipatrice pourtant constitutive ? N’est-il pas vrai que : « former – comme processus – c’est toujours former quelqu’un à quelque chose, par quelque chose et pour quelque chose » ? (Fabre, 2015, p. 37).
De là résulte notre questionnement : quels contenus et quelles finalités de l’éducation et de la formation face aux défis du XXIᵉ siècle ? Comment repenser la formation professionnelle face aux injonctions de l’économie de marché ?
De là résulte notre questionnement : quels contenus et quelles finalités de l’éducation et de la formation face aux défis du XXIᵉ siècle ? Comment repenser la formation professionnelle face aux injonctions de l’économie de marché ?
Ce que je défends, c’est une question simple à poser avant de concevoir n’importe quel dispositif : est-ce que ce qu’on cherche à faire apprendre ici a besoin du corps, des sens, du contexte réel, de l’imprévu, de l’autre ? Si oui, le numérique ne peut pas être la réponse principale. Il peut accompagner, préparer, consolider, mais pas remplacer.
Ces résultats mettent en évidence un optimisme que nous qualifions de pragmatique. Autrement dit, les directions reconnaissent le potentiel de l’IA à améliorer l’efficacité et à soutenir la prise de décisions, tout en exprimant des préoccupations concernant les risques éthiques, la formation nécessaire et ses répercussions sur elles-mêmes, sur le personnel enseignant et sur les élèves. L’enquête souligne également l’importance cruciale de la formation continue pour favoriser l’acculturation du personnel scolaire à l’IA, en misant notamment sur les formations de type « mains sur les touches », sur l’accompagnement personnalisé et sur la prise en compte des enjeux éthiques associés à l’utilisation des données concernant les élèves.
Un rapport publié en février 2026 par IPES-Food, un groupe indépendant d’experts internationaux, met en évidence l’opposition entre deux modèles d’innovation actuellement à l’œuvre dans le secteur agricole. Le premier, dominant, est porté par une alliance entre grandes industries de l’agroalimentaire et géants du numérique. Il promeut des technologies visant à augmenter la productivité et susceptibles d’enfermer les agriculteurs dans une dépendance financière et technique : agriculture de précision, outils d’aide à la décision, biotechnologies. Le second modèle repose sur une dynamique d’innovation ascendante impulsée par les agriculteurs pour répondre à des besoins concrets du terrain : semences paysannes, initiatives d’auto-conception d’outils low-tech, etc. Constatant un déséquilibre entre ces deux tendances, le rapport préconise une réorientation des flux d’investissements et des politiques de recherche publique (plus de recherches participatives, de projets agroécologiques, etc.), afin de limiter les risques de concentration des systèmes alimentaires dans les mains d’un nombre restreint d’acteurs.